Tu étais, tu es, tu resteras....
Toi et moi, seul, sur les bords d'une plage. Galopant sur le doux sable blanc. Chauffé par les quelques rayons du soleil qui commencent à montrer le bout de leur nez pour offrir une douceur exquise en ce matin du mois de décembre. Tu galopes librement laissant derrière toi, les traces de ton passage.
La marque de tes sabots profondément encrés dans le sable chaud de la plage de Carry-le-Rouet.
Tu cours si vite, que ta course en devient légendaire. Tes foulées grandissent au fur et à mesure que ta cadence augmente. Ta course effrénée ne semble plus vouloir s'arrêter. Tu ne touches plus le sol, tes sabots disparaissent laissant place à un mouvement flou. Tout ton corps est transporté. Tu brises le vent comme on brise un miroir. Tous tes muscles gonflent sous le rythme que tu leurs impose. Ta crinière s'envole comme un rideau de soie. Elle ondule dans le vent, secouée par tes foulées. La queue en panache suivant le mouvement. Tu es libre. Plus aucunes contraintes, seulement le plaisir de pouvoir demeurer celui que tu es. Un cheval fougueux, heureux de pouvoirs te laisser aller comme tu l'entends.
Le soleil à l'horizon te cède sa place devant tant de beauté... Les vagues du matin se calme pour laisser entendre ton souffle rythmé. Plus aucun bruit s'échappe, tu cours toujours plus vite toujours plus loin, sans pour autant laisser le moindre bruit se profiler... La lueur dans tes yeux reflète toute tes émotions.... Joie, Bonheur, Liberté, Fierté, Beauté... Rien n'est plus beau en cet instant, que tout se qui se lit au plus profond de toi.
Tu décides de quitter le sable chaud du Sud, pour t'enfoncer dans les vagues de l'océan. Tu frissonnes à son contact. Le bleu turquoise te regarde comme une créature qui n'attend que toi pour se réchauffer. Les vagues cessent, l'eau redevient calme, et sans chahut.
Tu t'arrêtes en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, produisant au passage un jet de sable derrière toi. Tes antérieurs dans l'eau, tes postérieurs toujours dans le sable. Tes naseaux se dilatent, ta respiration se calme pour te permettre de reprendre un rythme normal. Tes yeux reflètent la couleur de l'océan qui se dresse devant toi. Tu trembles devant une telle pureté. Tes sabots raclent le sol recouvert d'un mince filet d'eau turquoise. L'eau s'envole de tout les cotés, t'éclaboussant au passage. Tu recules violement sous la surprise de la température de l'eau. Elle est si froide, comparé au sable chaud. Tu ne t'y attendais pas. Tu campes sur tes positions, quatre jambes tendues, prêtent à fuir au moindre signe d'agression venue de cette beauté incontestée.
Un souffle pousse les vagues venant s'écraser sur le rivage, à quelque centimètre de toi.
Tu hennis pour la première fois. Ton chant est si beau, que tout sifflement d'oiseaux cesse. Ton éco raisonne comme un cri dans les canions. Un son si juste, si pur... si parfait, ne peut appartenir qu'a un seul cheval... Le cheval de Dieu.
Tu te mets alors à danser face a l'immensité bleue. Tu joues avec le vent comme un enfant jouerait avec un jouet. C'est çà, tu es l'enfant, le vent est ton jouet. Tu te mets à galoper de gauche a droite, puis de droite a gauche. Tu enchaînes les dérapages sans jamais te laisser déstabiliser par le souffle du vent qui vient de se réveiller. Tu fais comme si il n'existait pas. Comme si plus rien ne comptait hormis toi, et elle. Cette étendue d'eau qui t'appelle. Tu es le marin, et elle, elle est la sirène. C'est plus fort que toi, tu l'écoutes. Tu tentes de rentrer dans cette eau qui te fascine, mais tes jambes refusent de t'obéir. Elles disent non.
Tu es face à un dilemme ; Tout ton être veut rejoindre l'appel de l'inconnue, l'appel que te lance cette turquoise. Mais tes jambes n'acceptent pas ta décision et refusent de te porter en avant. Elles restent tendues dans le sable, comme des statues de pierres.
Un coup en avant, un coup en arrière, aucunes des deux options ne veut céder. Cruel choix, cruelle décision. Tu hennis une nouvelle fois. Espérant peut-être une aide venue de nulle part. Qui sait, quelqu'un répondra à ton appel ?....
Moi, je ne peux rien faire. Je suis là, assise sur un rocher, à contempler le plus bel animal que le monde est créé. De tous les animaux que je connais, il n'existe rien de plus beau, de plus noble, de plus fier que le cheval... Un être simple à déchiffré si tu es bon lecteur... Ou complexe si tu n'as pas la patience de découvrir se que chaque animal recèle au fond de sa personne.
Au cours de mes quinze ans, s'il y a bien une chose que j'ai appris, c'est que pour déchiffrer les pensées d'un cheval, il faut avant tout être patient. Cela ne sert à rien de vouloir brûler les étapes. Le passé finit toujours par vous rattrapez et refaire surface. Et si vous n'êtes pas préparé, il se peut que vous le regrettiez...
Je te contemple depuis plus d'une heure, sur ce rocher, et je vois que tu as peur. Au début, tu étais heureux car tu étais libre. Libre de tes choix, libre de tes mouvements... Mais maintenant que tu es face a cette étendue d'eau, tu as peur. Tu ne sais pas quel choix faire à présent. Celui de ton c½ur ou celui de ta raison. J'ai appris à te déchiffrer, mais je ne peux pas t'apporter la réponse à ta question. Tu dois la trouver tout seul. Je ne peux que t'encourager. Mais je n'ose briser se silence dans lequel tu nous as mit. Se moment est si parfait, si unique. Tout est parfait.
Je prends mon courage à deux mains, et je donne un appel de langue, a peine audible pour l'oreille humaine, mais je sais que toi, tu l'as entendu.
Tes oreilles se couchent, elles essayent de capter l'origine du son. Un deuxième appel de langue te parvient. Tu redresses ta tête et tourne les oreilles dans ma direction. Tu m'as entendu.
Dans un ultime espoir, je retente ma chance avec un troisième son. Et là, miracle.
Tes jambes cèdent et te permettent de rentrer dans l'eau. Prudemment d'abord, puis plus osé.
Tu tapes tes sabots dans le liquide bleu, l'eau s'envole de tout les cotés. Mais tu ne crains plus rien. Ton courage est revenu. Tu n'avais besoin que d'un peu d'encouragement. Rien de plus.
Tu frappes l'eau, tes jambes s'enfoncent comme si elles étaient aspirées.
Je sais que tu fais çà, pour lui montrer, à cette prétentieuse, qu'elle ne te fait plus peur. Qu'elle ne peut plus rien contre toi. C'est toi qui domine.
Alors à cet instant, tu te remets à galoper. Courir si vite, que les vagues s'écrasent sur ton corps, tel un paquebot bravent le tourment de l'océan. Tu t'éloignes vite, t'enfonçant dans l'horizon... Dans un dernier effort, tu t'arrêtes et te retournes.
Moi je suis là, sur la plage, sur mon rocher, à te regarder t'éloigner. Croyant ne plus jamais te revoir. Ne plus jamais toucher ta robe de velours... J'avais tords.
Tu t'élances vers moi, faisant voler gracieusement toutes tes formes...
Tu ne stoppes ta course qu'à quelques centimètres de moi... N'as-tu donc pas peur ?
Tu me regardes, les oreilles droites, pointées dans ma direction. Je fais de même.
Je lis dans tes yeux noirs, une image que personne ne peut déceler. Tu es heureux ?
Ta tête se penche sur le coté gauche, tout en avançant ton nez. J'approche ma main, lentement, très lentement, réduisant ainsi la distance qui nous sépare l'un de l'autre. Je peux sentir ton souffle chaud au creux de ma main. Pourtant, je ne te touche pas encore. Le pourrais-je un jour ?
Il s'emble que tu es décidé de m'accorder mon rêve. Tu allonges ton coup pour poser des naseaux dans ma main. Tu ne pouvais pas faire mieux, pour faire de moi, la plus heureuse des filles...
Je sens ta peau contre la mienne, ton souffle me chatouille la main. Cet instant ne peut pas être plus parfait. Et pourtant, tu fermes les yeux, me faisant entièrement confiance...
Une larme coule le long de ma joue et je ne peux l'arrêter. Le moment est si magique. Si juste. Si ... si... Les mots me manquent. Peut-être bien car cet instant est tout simplement indéfinissable. Aucun mot ne peut le décrire aussi justement que ceux qui sont dans mon c½ur.
Je ferme à mon tour les yeux. Plus rien n'existe autour de moi, de nous. Ni le soleil qui commence à se levait, ni les vagues qui s'écrasent sur la plage, ni les gens qui commencent à arrivée pour prendre un bain... Plus rien. Seul lui et moi. Deux êtres seul, perdu au plus profond de leur c½ur... Perdus dans le tourbillon de leurs sentiments.
Bien trop tôt à mon goût, nous ouvrons les yeux. Ses pupilles fixées dans les miennes. Nous n'avons besoin d'aucun mot pour dire « merci ». Les images dans les yeux et dans nos c½urs parlent pour nous. Les larmes coulent toujours sur mes joues... Elles tombent sur mes lèvres. Elles ont un gout salée, mais pas désagréables. Je suis sûre que si ce cheval pouvait pleurer, il me ressemblerait en se moment. Le cheval n'est pas parfait, je viens de m'en rendre compte à l'instant. Il ne peut pas pleurer. Il ne le pourra jamais. Pourtant, il reste à mes yeux, l'animal le plus parfait du monde....
Il se recule lentement, enlevant sa tête de ma main, et s'élance vers l'inconnu... Il s'arrête une dernière fois, me regarde, et hennis. Un « merci »sort de ma bouche. Jusque là, resté muette.
Il l'entend. Et chose improbable, il s'incline. Oui, oui, il s'encline. Là, devant moi, sur le sable, il s'incline.
Le Parfait s'incline devant l'Humaine. Mes larmes redoublent de plus belles... Je ne pensais pas qu'une chose aussi merveilleuse puisse un jour m'arriver. Incroyable.
Il se redresse, et s'élance dans un galop fougueux, pour la dernière fois.....
Tout un tas, de sentiment merveilleux, traverse mon corps et mon esprit. Liberté, Bonheur, Fierté, Larmes, Incompréhension, Beauté.... Tant de sentiment nouveaux pour moi, que je ne suis pas sur de mettre le bon mot sur chaque ressenti.
Je passe mes mains, sur mes joues, histoire de les effacer, mais elles ont déjà disparues. Le temps de comprendre se qui m'ai arrivé, que le cheval à disparut...
Comment est-ce possible ? Se n'était qu'un rêve ? Pourtant, tous ses sentiments, sont bien réels. Je les ressens encore... Je n'ai pas pu les inventer. Si ? Non. C'est impossible.
Il était là, devant moi. Sa tête dans le creux de ma main. Fermant les yeux. Oubliant tout se que l'homme lui avait fait.
A cet instant, une phrase que j'avais lue dans un livre me revint :
« Il n'existe rien de plus beau au monde, que le lien qui unit Cheval et Cavalier. »